2021–2026 · Les réalités du terrain
Huit ans plus tard
L'accès à l'eau est désormais une réalité pour les maraîchers de l'Atacora-Donga; en revanche, les technologies d'irrigation promues à cet effet n'ont connu qu'une faible diffusion. Cet acte navigue entre ces contrastes, les promesses de 2018 et les constats d'aujourd'hui.
Utilisation efficiente de l'eau
Le succès
Le temps d'arrosage, acquis célébré par les bénéficiaires
Le raccordement des parcelles au point d'eau collectif a supprimé la corvée d'arrosage. C'est l'un des acquis les plus unanimement reconnus du projet dans les cinq communes. Il constitue un succès en soi du point de vue des bénéficiaires. Sur les sites visités, le mode d'irrigation réellement pratiqué consiste à brancher un tuyau sur le robinet ou le château d'eau.
4 h→30 min Temps d'arrosage quotidien, avant et après raccordement
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« Avant, pour l'arrosage, j'utilisais un arrosoir et ça prenait du temps : de 5 h à 9 h. Maintenant, avec le tuyau, à peine 30 min j'ai fini. »
Une productrice · Ouaké
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« Avant, on achetait des motopompes et autres. Mais maintenant tu ouvres le robinet, et c'est moins fatiguant. »
Un producteur · Tèdontè, Natitingou
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« Grâce aux aménagements, je produis désormais une plus grande partie de l'année, et je maîtrise mieux les techniques. »
Un producteur · Site aménagé
2
pompes solaires SF2 vendues
Les défis
La diffusion des technologies
Pompe solaire SF2, bandes d'aspersion, goutte‑à‑goutte : les trois ont été conçues, installées sur des sites de démonstration, et les producteurs en reconnaissent l'intérêt. Leur diffusion est restée limitée. De nouveaux équipements viennent toutefois d'être installés à Kounadorgou. Trop récents pour en mesurer l'effet
Bandes d'aspersion
La plus désirée
Pompe solaire SF2
La plus aboutie
Goutte‑à‑goutte
La moins adoptée
Jugement évaluatif
Deux facteurs se sont additionnés, et ils se renforcent l'un l'autre.
Le premier est financier. Le mécanisme de location‑vente prévu à la conception (10 % d'apport, remboursement sur trois ans) ne s'est pas opérationnalisé : l'entreprise n'avait pas les capacités de porter le crédit, les institutions de microfinance ne se sont pas positionnées sur ce segment.
Le second est démonstratif. Les sites de démonstration ont établi que les équipements fonctionnent, mais pas qu'ils rapportent. Les bénéfices attendus, économie d'eau, baisse des coûts de production, gain de rendement, n'ont pas été documentés en conditions réelles d'exploitation.
La démonstration de la rentabilité économique devrait être un préalable au dispositif de financement.Gestion intégrée des ressources en eau
Le succès
Les communes ont mis au pot
Le pari de 2018 reposait sur un engagement inhabituel : que les collectivités locales financent elles-mêmes une part des investissements. Elles l'ont fait, et malgré une réforme communale qui a bouleversé leurs procédures budgétaires en cours de mise en oeuvre.
208,9 M FCFA— 63 % Cofinancement communal mobilisé, rapporté aux engagements prévus
Un effet inattendu
Plusieurs communes se sont servies de ces investissements comme d'un levier pour attirer d'autres partenaires sur le maraîchage : la GIZ (a financé quatorze forages et un magasin de stockage à Tèdontè", la CEDEAO et le programme SOBAA (aménagement d'une retenue d'eau de 15 hectares à Tikouati) . Le projet a revalorisé la filière aux yeux d'autres bailleurs.
« Ce qui est bien avec ce projet, c'est que d'habitude les partenaires viennent avec leurs financements. Ici, nous-mêmes nous investissons. » Un point focal communal
Les sites de réalisation
71 hectares aménagés
Cinq communes d'intervention. Source : tableau de suivi DEDRAS / Woord en Daad, 19 février 2026 — dont 44 hectares effectivement achevés.
Les sites de réalisation
71 hectares aménagés, répartis sur les cinq communes d'intervention
91,4 %
des producteurs déclarent ne pas connaître leur Comité Local de l'Eau
Les défis
La fragilité des mécanismes de gouvernance
Deux Comités Locaux de l'Eau ont été installés à Perma et sur le micro‑bassin de Binao, mais au cours de la dernière année du projet, et sans budget propre. Sur les périmètres, les règles de tours d'eau ainsi que les mécanismes de financement de la maintenance restent à consolider Leur ancrage juridique et financier reste par ailleurs limité par une réforme récente de la réglementation nationale sur l'eau, qui centralise désormais les décisions de financement au niveau de l'Agence nationale de l'eau plutôt qu'au niveau local..
« Le CLE a un compte, mais il n'a pas d'argent. »
Le président du CLE · Perma
Et les sites se vident? producteurs actifs, avant et après
Perma
22→2
Tèdontè
72→16
Tchanwassaga
72→22
Kantè
70→25
Daringa
62→30
Source : focus groups conduits sur les sites, juin 2026.
Jugement évaluatif
Deux facteurs expliquent l'écart entre les ouvrages livrés et ce qu'on en attendait.
Le premier est technique et budgétaire. La mise en oeuvre a dû s'ajuster à des coûts de réalisation sous-estimés. En plus de cela, les études de faisabilité ont révélé des contraintes hydrogéologiques :débits insuffisants, sédimentation des retenues, qui ont imposé de réduire les ambitions avant même de construire.
Le second est institutionnel. La gouvernance a été bâtie après les ouvrages.
Les mécanismes de gestion des tours d'eau, de collecte des redevances sont à consolider pour pérenniser les investissements.
Amélioration de la production agricole
Le succès
Une bonne adoption des pratiques de production
L'enquête quantitative a révélé un succès majeur du projet quant à la vulgarisation des bonnes pratiques de production : pépinières sur planches, respect des écartements, tutorage, compostage. Le conseil agricole de proximité, porté par quatre conseillers de la FLT, a prolongé les formations par un suivi sur les parcelles.
- 91 %pratiquent la rotation des cultures
- 84,3 %utilisent des semences améliorées
- 65,2 %recourent à la fumure organique
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« Avant, je récoltais deux sacs sur cette parcelle. Aujourd'hui, j'en récolte quatre grâce aux conseils reçus sur les pépinières et les traitements. »
Un producteur de gombo · Daringa, Djougou
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« Avant je vendais environ 150 000 FCFA de tomate ; aujourd'hui j'arrive à 250 000 FCFA. »
Un producteur · Ouaké
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« Avant, on produisait sans connaissance. Aujourd'hui, nous savons comment préparer les pépinières, traiter les cultures et mieux organiser notre travail. »
Une productrice · commune à compléter
54,3 %
des producteurs ne disposent toujours pas d'un plan de production formalisé
Les défis
Une professionnalisation encore partielle
Les producteurs maîtrisent de mieux en mieux leurs itinéraires, on en veut pour preuve l'augmentation des rendements constatés par les bénéficiaires, mais la tenue de comptes d'exploitation reste peu développée : coûts de production, marges, rentabilité d'un investissement leur échappent. Les gains sont par ailleurs inégaux selon les cultures, et la pression des ravageurs a poussé beaucoup d'exploitants vers un recours accru aux pesticides chimiques. Il faudrait en réponse prévoir un accompagnement sur leur usage raisonné.
Rendements observés, comparés aux références nationales de l'INRAB
Tomate
+33,7 %
10 696 kg/ha
Chou
+23,6 %
30 906 kg/ha
Piment
En deçà
6 897 kg/ha
Oignon
En deçà
9 587 kg/ha
Source : enquête quantitative auprès de 233 producteurs. L'écart n'est chiffré que là où la comparaison a pu être établie.
Jugement évaluatif
Deux facteurs limitent la portée de ce qui a pourtant bien fonctionné.
Le dispositif de conseil est encore limité, et centré sur la technique. Quatre conseillers pour plus d'un millier de producteurs répartis sur cinq communes ne permettent qu'un suivi partiel. Le volet entrepreneurial (comptes, calcul de marge et analyse de rentabilité) restent insuffisamment développés.
L'accès à ce conseil est inégal. Les femmes participent nettement moins aux formations, 48,4 % contre 70,3 % des hommes, et leur moindre accès à l'eau, à la terre et au crédit limite leur capacité à appliquer ce qu'elles y apprennent.
Ces défis sont étroitement liés aux constats du WP2 sur la rétiscence aux investissements. un producteur qui ne sait pas calculer ses marges ne peut pas arbitrer un investissement. Pour créer des entreprises capables d'acheter les équipements, modèle voulu par le projet, il faut non seulement former aux itinéraires techniques mais aussi outiller les acteurs sur la gestion économique .
Commercialisation et accès au marché
Le succès
Une coopérative est née, et elle tient
Créée en 2022 pour combler le vide laissé par le retrait de l'URCooPMa, la FLT a étendu ses services qui couvrent aussi bien la fourniture d'intrants et de services financiers, l'appui conseil à la production agricole, la commercialisation de la production.Depuis août 2025, elle assume une partie de son fonctionnement sur ses propres commissions.
- 547membres actifs, dont 203 femmes
- 5contrats signés avec des grossistes
- 3services : conseil, intrants, commercialisation
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« Aujourd'hui, les grossistes nous contactent directement lorsqu'ils ont besoin de produits. »
Un responsable de la FLT
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« Nous centralisons les commandes et nous informons les producteurs sur ce qu'il faut produire et en quelle quantité. »
Un responsable de la FLT
17,2 %
de la production des membres passe par la coopérative, pour une cible de 75 %
Les défis
FLT doit encore convaincre les producteurs
874 tonnes commercialisées entre 2024 et avril 2026, sur une cible révisée de 3 450. 68,4 % des producteurs déclarent ne rien vendre à la FLT. Les légumes sont périssables et le commerçant du bord de parcelle paie tout de suite ; quand les producteurs apportent malgré tout leur récolte, la coopérative ne parvient pas toujours à absorber les volumes ni à honorer les contrats signés.
« Lorsque les producteurs récoltent tous en même temps, il est difficile d'écouler rapidement toute la production. »
Un responsable de la coopérative
Où part la production des membres
L'épaisseur de chaque voie est proportionnelle à sa part de la production.
Jugement évaluatif
Deux facteurs expliquent cet écart.
Le premier est économique : les circuits traditionnels paient au comptant des légumes périssables, alors que la coopérative ne peut pas encore offrir la même liquidité immédiate.
Le second est logistique : sa capacité d'absorption n'a pas suivi le rythme de la production, et elle peine à honorer tous les contrats signés lors des pics de récolte. Malgré ces limites, le projet laisse en héritage une organisation paysanne dont les capacités institutionnelles et commerciales se sont nettement renforcées, offrant des perspectives réelles de consolidation après la clôture du projet
· Les défis de pérennisation
Ce qu'il faut consolider
Le projet s'achève en août 2026. Trois questions requièrent des réponses
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La coopérative
Un acteur central sans statut assuré
La réforme nationale des organisations professionnelles agricoles ne prévoit plus d'organisation couvrant plusieurs communes. La FLT en couvre cinq. Son autonomie financière reste par ailleurs partielle.
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Les infrastructures
Des ouvrages sans gestionnaire désigné
Sur les cinq communes maîtres d'ouvrage, seule la commune de Ouaké, en mars 2025, a signé la convention confiant l'exploitation à la FLT. Ailleurs, le transfert n'est pas finalisé. Et les cotisations des producteurs sont insuffisantes pour des travaux d'ampleur.
« S'il y a des grosses réparations, on ne pourra pas faire. »
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Les femmes
Elles produisent, mais ne décident pas
Elles représentent 37 % des membres de la FLT, mais une seule siège au conseil d'administration, aucune au conseil de surveillance. Sur 72 producteurs ayant obtenu un crédit de fonds de roulement, six sont des femmes.
Le projet s'arrête en août 2026. Ce qu'il laisse derrière lui ne dépend plus de lui.
Acte IV · Le relais